Blog.

Cover Image for Actualités N°37 du 13 septembre : transparence salariale, RPS et le grand retour du présentiel

Actualités N°37 du 13 septembre : transparence salariale, RPS et le grand retour du présentiel

Phelypea Conseil
Phelypea Conseil

Actualités N°37 du 13 septembre : transparence salariale, RPS et le grand retour du présentiel

Édito

Cette semaine, deux dynamiques se croisent : l'Europe muscle les obligations des employeurs — transparence salariale, évaluation des RPS dans l'éducation — pendant que le terrain, lui, s'interroge sur la qualité du lien humain au travail. Entre conformité et culture managériale, la QVCT n'a jamais été aussi réglementée… ni aussi fragile.

Transparence salariale : le projet de loi est sur la table

C'est l'actualité juridique de la rentrée. Le projet de loi transposant la directive européenne sur la transparence salariale a été présenté en Conseil des ministres. Concrètement : obligation de communiquer le niveau de rémunération dès l'offre d'embauche, grilles salariales accessibles, et surtout — c'est le point sensible — un droit d'information sur les écarts de rémunération entre femmes et hommes.

Pourquoi ça compte pour la QVCT ? Parce que l'iniquité salariale est un facteur de RPS documenté : sentiment de dévalorisation, perte de confiance dans le management, désengagement progressif. Un salarié qui découvre un écart injustifié ne passe pas par la case « démission » immédiate — il passe par la case arrêt maladie, puis absentéisme chronique.

Pour les DRH, l'enjeu est double : anticiper les obligations légales, mais surtout traiter la transparence comme un levier de prévention. Une grille claire, c'est moins de non-dits, moins de tensions d'équipe, moins de risques de contentieux individuels. Le CSE sera consulté sur les dispositifs d'information — autant l'associer tôt.

RPS dans l'éducation : l'EU-OSHA outille le terrain

L'agence européenne pour la sécurité et la santé au travail a remis en avant ses outils OiRA pour le secteur éducatif : des modules gratuits d'évaluation des risques, adaptés aux réalités des établissements — enseignants, personnels administratifs, encadrement.

L'intérêt dépasse largement le monde scolaire. OiRA propose une méthodologie d'auto-évaluation qui ressemble à s'y méprendre à ce qu'on attend d'un DUERP vivant : identification des risques, cotation, plan d'action, suivi. Les établissements scolaires sont des collectifs de travail comme les autres, avec leurs tensions spécifiques — charge émotionnelle, violences verbales, isolement.

Pour les préventeurs, c'est un rappel utile : les outils génériques existent, souvent gratuitement, et évitent de réinventer la roue. La vraie difficulté n'est jamais l'évaluation. C'est l'appropriation par les équipes et le suivi dans le temps.

Technologies numériques : l'INRS publie sa veille ITEN

Deux bulletins de veille de l'INRS sont tombés cet été et ce début septembre sur l'impact des technologies numériques au travail (ITEN). Au menu : hyperconnexion, charge cognitive, fragmentation de l'attention, porosité vie pro / vie perso.

Ces publications sont précieuses parce qu'elles documentent ce que beaucoup de managers constatent sans savoir le nommer. L'outil numérique n'est pas neutre : il modifie la nature du travail, la densité des sollicitations, et in fine la capacité de récupération. C'est un facteur de RPS à part entière, à intégrer dans le DUERP au même titre que les risques physiques.

Le message opérationnel : arrêter de traiter le numérique comme un simple outil de productivité. C'est un déterminant de santé au travail. Chartes de déconnexion, droit à la déconnexion réellement appliqué, régulation des canaux de communication asynchrones — les leviers existent, encore faut-il les activer.

Horaires atypiques : le facteur oublié du sommeil

L'INRS a également publié un bulletin de veille sur les horaires atypiques. Travail de nuit, posté, décalé, week-ends : autant de configurations qui pèsent directement sur le sommeil, la récupération, et donc sur la santé mentale.

Le lien avec l'absentéisme est mécanique. Un salarié en dette de sommeil accumule les micro-erreurs, s'isole, développe de l'irritabilité. Sur les postes à responsabilité ou en contact avec le public, ça devient un risque RPS collectif.

Peu d'entreprises intègrent cette dimension dans leur DUERP. C'est une lacune fréquente, notamment dans l'industrie, la santé, la logistique et les services continus. La prévention passe par l'analyse des plannings, pas seulement par la sensibilisation individuelle.

Le lien humain se perd — et ça se voit dans les chiffres

Deux articles de Fast Company pointent la même tendance de fond : on se parle moins au travail. Moins de conversations informelles, moins d'échanges en présentiel, plus d'interactions asynchrones et fonctionnelles. Conséquence directe sur la santé : isolement, baisse du sentiment d'appartenance, augmentation du stress chronique.

Le second article propose des pistes neuroscientifiques pour rendre les réunions moins coûteuses cognitivement : objectifs clairs, temps de réflexion individuelle avant les échanges collectifs, réduction de la « menace cognitive » (peur du jugement, prise de parole risquée).

Ces recommandations sont directement mobilisables en QVCT. Une réunion mal conçue n'est pas juste inefficace : elle génère de la fatigue mentale, de la frustration, et alimente le burn-out à bas bruit. Repenser les rituels collectifs, c'est de la prévention RPS concrète, sans budget.

Ce qu'il faut surveiller la semaine prochaine

Trois dossiers à garder à l'œil. D'abord, le calendrier parlementaire du projet de loi transparence salariale — les modalités de consultation du CSE seront décisives. Ensuite, la publication des prochains bulletins INRS sur les RPS : ils alimentent directement les DUERP de rentrée. Enfin, la question du présentiel, qui revient en force dans les négociations d'entreprise. Derrière chaque arbitrage sur les lieux de travail, il y a un enjeu de santé mentale et de cohésion. Ce n'est plus un sujet RH. C'est un sujet de QVCT.